ITW coach: Julien Mahé #1
- Benoît Reymond
- 14 sept. 2021
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 sept. 2021
A 26 ans, le natif de Limoges va se retrouver coach des U18 de l'Elan Chalon. Il a également été le coach de notre équipe nationale U16 féminines aux European Challengers en Slovaquie. Retour sur cette campagne.

Julien Mahé donnant ses consignes à ses jeunes joueuses en août dernier. (©FIBA)
LCM: Bonjour Julien, peux-tu te présenter en quelques mots?
JM: Bonjour, j'ai 26 ans, je suis originaire du département de la Corrèze en France et j’ai essentiellement grandi à Limoges.
En tant que joueur, j'ai évolué jusqu'en Nationale 3 en France mais j’ai rapidement basculé vers l’entraînement. A 18 ans, j'ai débuté mes études de kiné et parallèlement j'ai commencé à entraîner et passer mes diplômes. J'ai obtenu mon diplôme d’état de kiné en 2017 et celui d’entraîneur en 2018. Depuis cette année-là, je suis entraîneur à temps plein : j’ai coaché les U18 Elite garçons à Limoges durant 3 ans et je vais exercer la même fonction du côté de l’Elan Chalon pour la saison à venir.
Depuis 2019, je suis également le coach de l'équipe Suisse U16 féminine.
C'est très enrichissant pour moi notamment sur le plan du management de travailler avec un public masculin en club et féminin en sélection. J’en profite pour remercier Swiss Basket de la confiance accordée.
LCM: Justement, les U16, parlons-en. Comment s’est passée votre préparation ?
JM: Elle s'est passée en 3 temps. Tout d'abord nous avons fait le choix d’organiser un premier stage d’évaluation en décembre du côté de Vétroz avec 18 joueuses (nées entre 2005 et 2006). Ensuite, nous avons réduit la liste à 15 filles pour un deuxième stage en Avril à Fribourg. La grosse partie de la préparation s’est effectuée à partir du 20 juillet avec un stage à Luxeuil en France et de nouveau à Vétroz en Suisse où nous avons choisi en amont le groupe final de 12 joueuses. Enfin, nous avons fait le choix d’arriver 4 jours plus tôt à sur le lieu de la compétition à Piestany en Slovaquie pour s’acclimater à l’environnement du Challenger U16, qui s’est déroulé du 11 au 16 août. La fédération a fait un gros travail pour nous permettre de nous préparer dans les meilleures conditions et ce tout au long de l’année, malgré un contexte sanitaire peu évident.
LCM: Sur quels aspects avez-vous principalement travaillé ?
JM: Le premier aspect pour un sélectionneur est le recrutement du staff et des joueuses où j’essaye de passer beaucoup de temps. Le but est de trouver de la complémentarité sur le plan basket mais aussi au niveau du caractère, car on sait qu’une campagne estivale c’est que nous vivons 24 heures sur 24 avec les mêmes personnes
Ensuite, sur le plan du travail avec le groupe on s'est basé sur 5 piliers avec un travail lors des rassemblements mais aussi de suivi dans les clubs :
o Le volet Physique : le travail est individualisé avec le préparateur physique et la physio, l’objectif étant d’avoir chaque joueuse à son maximum pour la compétition (envoi de notes quotidiennes sur l’état de forme)
o Le volet technique : nous avons voulu mettre en avant 1 point fort pour chaque joueuse en essayant de le renforcer par le travail individuel
o Le volet tactique : l’objectif était de construire un projet de jeu adapté à nos forces et de jouer sur un tempo élevé pour utiliser à notre avantage notre manque de taille
o Le volet mental : nous avons essayé de recruter des profils de personnalités différents. J’ai mis en place avec l’accord de la fédération un suivi avec un préparateur mental pour celles qui ont souhaité s’engager dans ce processus.
o Le travail de cohésion de groupe : nous avons rapidement établi un cadre de fonctionnement autour de valeurs fortes et co-construit avec les joueuses nos règles collectives et leur rôle individuel. L’idée était d’investir tout le monde tout en étant clair sur ce que chacune devait apporter à l’équipe.
LCM: Tu étais très actif sur le banc, es-tu toujours comme ça ?
JM: (rires). D’un côté oui, sans rentrer dans le détail de ma personnalité je pense que mes proches me définissent comme une personne hyper active… ! Je suis avant tout passionné et perfectionniste, et j’essaye d’avoir une posture de guide pour aider mes joueuses.
D’un autre côté, cette posture était également réfléchie : nous avons insisté sur le fait que nous voulions un maximum d’engagement et de combat sur le terrain, la Suisse étant souvent perçue comme une nation « trop tendre » et en difficulté sur le plan de l’intensité. La notion de détermination était par exemple une de nos valeurs de groupe. J’ai donc essayé d’en rajouter par séquences pour pousser mes joueuses à donner le meilleur d’elles-mêmes, et je suis d’ailleurs très fier d’elles sur ce point.
LCM: Et le dernier match, avec la fatigue et les bobos, comment l’avez-vous préparé en sachant qu’il y avait une première place en jeu ?
JM: C’est un peu arrivé de nulle part car on l’a appris 1h avant notre dernière rencontre contre la Slovaquie (l'équipe locale), suite à la défaite surprise d’Israël contre la Roumanie. Les filles ont réellement pris conscience de l'enjeu à ce moment-là et j’ai senti une tension inhabituelle.
J’ai alors tenté de les rassurer au maximum et de jouer sur ce scénario. Je leur avais montré la veille de la compétition une vidéo qui expliquait qu’il fallait croire en ses rêves, et qu’ils paraissaient toujours impossibles… jusqu’au jour où ils se réalisaient. J’ai ajouté que ce jour était peut-être arrivé ! Je leur ai fait comprendre que la pression était sur les épaules de la Slovaquie qui jouait à domicile et était invaincue, que nous avions réalisé un superbe parcours et que nous méritions de jouer pour la 1ère place, qu’il fallait juste savourer ce moment. Sur le plan du basket, nous avons simplement tenté de respecter les éléments fondamentaux de notre identité collective, l’idée n’était pas de tout changer pour ce match alors que nous restions sur 3 victoires de suite.
LCM: Qu’est-ce qui vous a manqué sur ce match selon toi ?
JM: Le principal facteur, c'est qu'on avait un banc moins étoffé que notre adversaire. On a resserré nos rotations car on a été en difficulté dès qu’on a ouvert le banc, c’est un fait. Je pense qu'on a manqué de lucidité sur la fin. C’est cruel car on est devant pendant 35 minutes…
Après, malgré la défaite, c'était certainement notre match le plus abouti de la compétition. Offensivement, on a proposé du très bon basket. J'ai même reçu les compliments de plusieurs coachs des autres équipes juste après la finale.
LCM: Ton meilleur souvenir de cette aventure ?
JM: Sans hésiter, les célébrations et les chants d’après-match et tous ces moments de folie dans les vestiaires et dans le bus ! La joie des joueuses et de mon staff avec qui j’ai partagé des moments extraordinaires, c'est quelque chose qui restera gravé dans ma tête pour très longtemps.
Après, pour la petite anecdote…. Alors que tout le monde avait préparé le protocole pour la remise du trophée à la Slovaquie, le responsable de la FIBA vient me déranger à la mi-temps du dernier match pour me dire « hey coach, si vous gagnez vous devrez aller de ce côté à la fin du match ». Et là je me dis « tout le monde se dit que la Suisse peut remporter le Challenger ! ». J’ai compris à ce moment-là qu’on était en train de réaliser un truc de dingue.
LCM: Bilan global ?
JM: Le bilan est très positif notamment avec nos 3 victoires à la suite ! A la vue de tous les messages reçus, je pense que nous avons réussi à faire vibrer des gens en Suisse en montrant une image d’un groupe uni du début à la fin et qui a pris beaucoup de plaisir ensemble. Ce bilan me parait encore plus important que le bilan comptable.
LCM: Quelle est a suite pour l’équipe U16 ?
JM: J'ai rédigé mes bilans et je dois en discuter avec Domenico Marcario pour aborder la suite en ce qui me concerne, avant peut être de me projeter sur la campagne 2022.
Toutes les joueuses et les membres du staff ont repris le chemin de l’entraînement avec leur club, en Suisse ou à l’étranger. Comme nous l’avions défini dans nos objectifs de groupe, le but est que l'ensemble du groupe garde contact et fassent vivre les souvenirs de cette magnifique aventure !
Un GRAND MERCI à Julien pour le temps qu'il nous a accordé.
Nous lui souhaitons le meilleur pour la saison à venir du côté de Chalon.
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